Politique de la ville : Courcouronnes en exemple
La rénovation urbaine n’est qu’un volet de la politique de la ville visant à favoriser l’intégration des populations issues des quartiers dits sensibles. Elle doit s’accompagner de mesures innovantes sur le plan social et éducatif pour être efficace. A Courcouronnes, le quartier du Canal en est un bon exemple, qu’est venu saluer François Fillon, vendredi 18 février. Et cela quelques heures avant de présider le comité interministériel des villes (CIV) à Matignon qui a défini les orientations politiques qui guident l’action du gouvernement en faveur des habitants des quartiers prioritaires. Pour ce déplacement, le Premier ministre était notamment accompagné de Maurice Leroy, ministre de la Ville, de Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, et de Georges Tron, secrétaire d’Etat chargé de la Fonction publique. De nombreux élus locaux étaient également présents : les sénateurs Serge Dassault et Laurent Béteille, les députés Guy Malherbe et Manuel Valls, le président du Conseil général de l’Essonne Michel Berson… Et le maire UMP de Courcouronnes, Stéphane Beaudet, placé sous les feux des projecteurs pour ses initiatives en matière de politique de la ville.
Un bus des parents pour échanger sur l’éducation. Sur le terrain, le Premier ministre a trouvé à Courcouronnes des idées novatrices en faveur des quartiers prioritaires. Par exemple, le «bus des parents» qui facilite les rencontres des parents entre eux pour qu’ils puissent échanger autour de la scolarité de leurs enfants et, plus largement, sur leur rôle éducatif, y compris au-delà du champ scolaire. Sont particulièrement visés par ce dispositif les parents dont les enfants sont accompagnés par la réussite éducative. Ce bus de la parentalité peut prendre des formes diverses, comme des groupes de parole, des temps d’échange entre parents et enseignants ou d’autres partenaires associatifs et institutionnels, des visites d’écoles… Depuis un mois et demi, la ville de Courcouronnes s’inspire également d’un programme canadien contre le décrochage scolaire en expérimentant le dispositif Alternative suspension avec les collèges Paul-Fort et Jean-Lurçat. Il s’adresse aux élèves qui, pour diverses raisons, se retrouvent temporairement exclus de leur établissement. Il s’agit de mettre à profit ce temps d’exclusion pour l’élève en s’appuyant sur un encadrement académique, des ateliers de groupes et des rencontres individuelles pour éviter que son exclusion ne se reproduise. Cette année verra encore des actions d’éducation par le sport menées sur la ville.
Voisin malin joue la carte de la proximité. Les jeunes ne sont pas les seuls visés pour réduire les inégalités qui peuvent exister entre les habitants d’une même ville. Ainsi, c’est dans le quartier du Canal que l’association Voisin malin va expérimenter, à partir du mois d’avril prochain, un système original destiné à renforcer le lien entre les entreprises et les institutions de proximité et leurs clients ou usagers. Pour cela, l’association va faire appel à une dizaine d’habitants issus des diverses communautés pour aller au-devant des publics exclus des services auxquels ils ont pourtant droit. Ces «voisins malin » seront cooptés par les partenaires sociaux locaux. «En Ile-de-France, seuls 12% des ayants droits utilisent la carte Solidarité transport, constate Anne Charpy, la fondatrice de Voisin malin. Dans un quartier comme celui du Canal, environ la moitié de la population peut prétendre en bénéficier, mais beaucoup de gens ont besoin d’explications et d’être accompagnés». L’aide devrait également porter sur l’utilisation d’un automate au bureau de Poste du quartier. Le bailleur Antin résidences aussi doit faire appel à ces «médiateurs» pour accompagner un projet de réhabilitation de 80 logements. Partant du constat que la réussite de ce chantier passe déjà par l’implication des habitants concernés. François Fillon a pu constater qu’à l’image de ce qui se fait à Courcouronnes, l’Essonne voit fleurir d’autres initiatives intéressantes pour sortir les populations des quartiers difficiles de l’échec. Ainsi, le président de la Chambre de commerce et d’industrie de l’Essonne (CCIE), Gérard Huot, a eu l’occasion de présenter son programme Réussir en banlieue. Unique en France, il vise à identifier et accompagner les porteurs de projets issus ou souhaitant s'installer dans un quartier sensible de l'Essonne. Au cours d’une convention de financement pour laquelle ils ont été coachés, ces chefs d’entreprises en devenir ont notamment l’occasion de rencontrer des financeurs. Depuis la première convention de financement en 2008, plus de 700 000 € ont ainsi pu être débloqués. Deux jeunes chefs d’entreprises qui ont bénéficié du dispositif ont témoigné de leur expérience devant le Premier ministre. Il s’agit de deux entreprises désormais implantées dans le quartier des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes : Collectibus, une société de transports collectifs à la demande, et Enetech, qui est spécialisée dans l’expertise et le diagnostic énergétique. Enfin, la question de l’apprentissage a été largement évoquée pour faciliter l’intégration des jeunes dans le monde de l’entreprise, et par là-même, sur le marché du travail. Là encore, avec le plus grand centre de formation d’apprentis (CFA) de la région, François Fillon a trouvé dans l’Essonne de quoi nourrir sa réflexion. Tout en affirmant sa volonté d’augmenter de façon considérable les formations en alternance, le Premier ministre a précisé qu’«il ne s’agit pas de faire de l’apprentissage un système réservé aux quartiers».
Comité interministériel des villes (CIV) du 18 février, ce qu’il faut retenir.
Emploi : il a notamment été décidé de renforcer le contrat d’autonomie et d’en financer 5 000 de plus que prévu pour porter à 15 000 le nombre de ces contrats à la fin de l’année. Le contrat d’autonomie consiste en un parcours d’accompagnement court et intensif pour les 16-25 ans et signé avec un organisme d’aide au placement.
Education : une dizaine d’internats d’excellence sera ouverte à la rentrée 2011, représentant 1 500 nouvelles places, et 3 000 places en Résidences pour la réussite seront disponibles pour les étudiants. De plus, 8,6millions d’euros seront consacrés aux Cordées de la réussite afin d’accompagner les jeunes des quartiers vers l’enseignement supérieur. A noter aussi la décision d’augmenter de 20% en trois ans la part des jeunes des quartiers parmi les bénéficiaires du parrainage vers l’emploi.



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