Essonne : Portrait de Djigui Diarra, réalisateur grignois engagé

Essonne : Portrait de Djigui Diarra, réalisateur grignois engagé

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Djigui Diarra est le réalisateur du court-métrage Malgré eux qui met, sous la lumière des projecteurs, les liaisons dangereuses entre la police et les jeunes de banlieue. Originaire du quartier de la Grande Borne à Grigny, il a grandi dans cet engrenage de la violence. Il explique en quoi son travail est si important pour lui.

« J’ai participé à un tournage pour un épisode de Julie Lescaut, et c’est là que j’ai réalisé qu’on allait tout le temps me demander de jouer le voyou ou le gangster. C’est à ce moment que je me suis dit “stop, il faut le faire” ». Djigui Diarra est le réalisateur du court-métrage sur les bavures policières Malgré eux. Né à Juvisy, il a grandi à la Grande Borne et est tombé amoureux du cinéma dès son plus jeune âge. Aujourd’hui réalisateur et acteur, il revendique une place à l’écran pour tous.

« Petit, j’avais l’habitude de regarder les films de Hong-Kong avec mon père, se souvient l’homme de 27 ans. Je voulais être acteur, je voulais me battre contre le méchant ». Après l’art cinématographique hong-kongais, c’est le film français Yamakasi qui va lui donner des ailes au collège. « Je me disais que si mes aînés étaient représentés comme des héros, alors moi aussi je pouvais le faire ». En effet, le film sorti en 2001 mettait en scène sept jeunes banlieusards, spécialistes de “l’art du déplacement”, dont deux travaillent actuellement à l’Académie de l’art du déplacement, à Evry. Une portée à l’écran de ces Robins des bois des temps modernes, qui a littéralement consolidé son envie d’être dans le cinéma.

Une relation conflictuelle avec le cinéma français

Lors d’un tournage de Julie Lescaut, sa vision du septième art a pris un nouveau tournant. Toujours cantonné à des rôles de voyous, qui donnait une représentation cliché de la banlieue, Djigui a eu le déclic. « J’ai toujours eu envie de raconter mes histoires, et un proverbe africain dit que : “Tant que le lion ne racontera pas ses histoires, il sera toujours perdent” ». En mai dernier, dans un article de son blog Médiapart, Djigui s’est davantage confié sur son rapport au cinéma français. « En me lançant dans le cinéma, je savais pertinemment qu’en tant que jeune homme noir vivant en France, certains obstacles se dresseraient sur mon chemin, mais mentalement, j’étais prêt à les affronter […] J’ai très vite compris, que l’un des problèmes du cinéma français reposait aussi sur la question de la représentativité des minorités noires, maghrébines, astatiques, etc ». Un véritable manifeste, qui peut être mis en écho avec le livre Noire n’est pas mon métier, où de nombreuses actrices noires françaises avaient témoigné de ces représentations clichées des communautés dans le cinéma français. « Nous ne voulons plus suivre la volonté de personne qui n’ont que faire de nos aspirations. Nous ne voulons plus suivre ces personnes et nous aligner dans une dynamique de soumission, mais nous souhaitons une vraie liberté artistique », écrivait-il au sujet des acteurs économiques clé du cinéma français.

Un premier court-métrage acheté par TV5 Monde et la RTBF

En 2013, il décide alors d’intégrer une association castelviroise qui avait pour but d’« initier le jeunes aux métiers du cinéma ». Une mauvaise expérience sur laquelle il n’a pas souhaité s’étendre. Après deux ans d’étude en école de journalisme, il intègre l’Ecole nationale supérieure des métiers de l’image et du son, à Paris. Diplômé de la Femis en 2016, il en a profité pour réaliser son premier court-métrage, Na tout pour elle, dans le cadre de son film de fin d’étude. Loin des violences policières, celui-ci raconte l’amour qu’un fils porte pour sa mère. « C’est l’histoire d’une jeune qui veut exaucer le dernier rêve de sa mère mourante, être enterrée au Mali », détaille le réalisateur dont les parents sont originaires de ce pays d’Afrique. Une production qui a eu beaucoup de succès – celle-ci a été achetée par TV5 Monde et la RTBF, et a été récompensée dans de nombreux festivals – qui l’a boosté pour la suite. En fin d’année dernière est sorti son deuxième court métrage, Malgré eux, qui a déjà remporté une dizaine de prix.

Pour sa prochaine réalisation, le réalisateur et acteur, souhaiterait porter à l’écran le sujet de l’esclavagisme moderne. Cette fois-ci, il quittera son plateau à Grigny pour aller tourner dans la capitale.

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