L’incroyable aventure de l’aérotrain à Gometz-la-Ville

L’incroyable aventure de l’aérotrain à Gometz-la-Ville

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Le 3 octobre 1974, le prototype de Gometz-la-Ville pouvait atteindre la vitesse de 430 km/h

A l’occasion d’une journée dédiée à l’aérotrain le samedi 13 avril, retour sur une innovation technologique qui a fait ses premières armes à Gometz-la-Ville.

Lorsqu’on évoque le TGV, les tribunes du stade de France ou même la fusée Ariane, ce n’est pas à Gometz-la-Ville que l’on pense aux premiers abords. Et pourtant. Dans les années 60 et 70, la commune a fait partie de la grande aventure de l’aérotrain, et de son système de coussins d’air qui fait encore les beaux jours de l’aéronautique et de la société civile. Alors que les associations AmiGoVille et Les amis de Jean Bertin organisent samedi 13 avril une rétrospective sur ce bijou de technologie, intéressons-nous quelques instants à l’aérotrain et son histoire méconnue.

Tout commence au milieu des années 60, date à laquelle l’ingénieur et prolifique inventeur Jean Bertin créé une société dédiée à l’étude de son prochain chef d’œuvre : l’aérotrain.
A cette époque, il est alors en concurrence directe avec le TGV (Train à grande vitesse) pour savoir quel réseau reliera les villes françaises entre elles. La course à l’armement fait rage. Grâce à son monorail de béton (en T inversé) et à la méthode de propulsion sur coussins d’air, les premiers résultats de la machine de Jean Bertin sont prometteurs : lancé par un moteur d’avion, le bolide s’élance déjà à plus de 100 km/h lors de l’inauguration officielle de la voie de Gometz-la-Ville le 21 février 1966. Le début d’une progression exponentielle puisqu’une dizaine de jours plus tard, la barre des 200 km/h est franchie, avant de voir son record atteint en 1974 avec une homologation à 430 km/h. Une vitesse impressionnante pour l’époque, mais encore loin de son potentiel maximal. « Nous étions persuadés de pouvoir atteindre les 700 km/h, explique Danièle Jannot, assistante technique de Jean Bertin à l’époque. Lors d’un test dans les Landes, nous avions été à la vitesse de 1 mach 4, sans que la machine ne décolle ! »

Le i80 permettait de passer au dessus des champs, afin de déranger le moins possible les agriculteurs.

Fort du succès de ses prototypes sur la portion de rails reliant Gometz-la-Ville à Limours, l’ingénieur était entre temps passé à la vitesse supérieure en construisant deux modèles pouvant accueillir des voyageurs : le S44 et le i80 (les nombres correspondant à leur capacité d’accueil, ndlr). Testés sur 18 km de voies dans le département du Loiret, les essais sont si concluant qu’un contrat est signé pour construire une ligne reliant la ville de Cergy à La Défense.

Seulement, le 13 juillet 1974, c’est le coup de massue. Valéry Giscard d’Estaing, nouveau président de la République, décide d’arrêter le projet. Pouvant déjà utiliser une grande partie du réseau ferré existant, la SNCF et son TGV ont remporté la partie.
« J’ai appris la nouvelle en direct lors du journal de 23h30, se rappelle Danièle Jadot. Nous étions agacés car on nous reprochait un mauvais choix de ligne, que relier Orly à Roissy aurait été une meilleure idée. Ironique, puisque c’est ce que Jean Bertin voulait depuis le début. »

Le site de Gometz-la-Ville ne restera pas en jachère pour autant, peu après l’arrêt du projet, les lieux seront utilisés pour des tests sonores sur ce que l’on voit alors comme le futur fleuron des avions français : le Concorde.
Pour l’aérotrain en revanche, la belle aventure se termine dans la douleur, avec le décès de son concepteur Jean Bertin, emporté par un cancer du cerveau un peu plus d’un an après l’annonce officielle de l’arrêt du projet. Près de deux décennies plus tard, en 1991, le protoype S44 disparaît dans un incendie. Bientôt imité par le i80, rongé par les flammes, criminelles celles-ci, à quelques semaines de son déplacement dans un musée. Il était même question de remettre à jour l’exploitation de la ligne à des fins touristiques.

Jean Bertin est décédé à 58 ans, le 21 décembre 1975

Aujourd’hui, Gometz-la-Ville n’a pas oublié l’un de ses plus illustres représentants. Outre les rails de l’aérotrain qui sont encore visible le long de la voie verte, un rond-point, une stèle et même une école portent encore fièrement le patronyme de Jean Bertin. L’occasion pour chacun de s’intéresser à son histoire, et pour les aventuriers du rail, de se remémorer. « Il reste de fabuleux souvenirs de cette époque, explique son ancienne collaboratrice. Je pense notamment aux premiers essais du prototype. Pour freiner, nous avions mis en place un système avec deux planches à repasser sur les côtés permettant à la machine de ralentir ! C’était vraiment un inventeur génial, qui avait conçu une voiture hybride, une voiture électrique ou encore les premiers murs anti-bruit. L’aérotrain aurait pu être son chef d’œuvre. »
Un rendez-vous manqué qui n’a pas empêché l’ingénieur d’accéder à la postérité : en 2003, il est élu parmi les 100 plus grands influenceurs de l’histoire de l’aéronautique.

• Pour en savoir plus sur l’aérotrain, rencontrer le pilote d’essai de l’époque Daniel Ermisse et Danièle Jannot, rendez-vous le samedi 13 avril de 10h30 à 17h30 au foyer rural de Gometz-la-Ville. Une exposition, des films, démonstrations et maquettes seront également au programme.

Ces photos d’époque ont été fournies avec l’aimable autorisation de Danièle Jannot (cliquez pour augmenter la taille de l’image).

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