Procès de la catastrophe de Brétigny : « Le temps suspendu du bonheur...

Procès de la catastrophe de Brétigny : « Le temps suspendu du bonheur se brise, s’explose » – Episode 1

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Les débats se déroulent dans la salle habituellement utilisée pour les assises

Le 12 juillet 2013, le déraillement d’un train à proximité de la gare de Brétigny-sur-Orge faisait sept morts et plus de 400 blessés. Près de neuf ans après les faits, le procès de ce drame s’est ouvert, ce lundi 25 avril, au tribunal judiciaire d’Evry-Courcouronnes.

Huit ans, neuf mois et douze jours. Presque neuf ans se sont écoulés depuis le 12 juillet 2013. Ce jour-là survenait la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge. Parti de la gare d’Austerlitz quelques minutes plus tôt, le train Intercités à destination de Limoges déraille, alors qu’il passe à proximité de la gare de Brétigny. 385 personnes avaient pris place à bord de l’engin, qui filait alors à 137 km/h.

Une partie des wagons se renverse alors sur les voies, s’arrêtant à une centaine de mètres de la gare. Une autre vient faucher le quai numéro 3, et avec lui les passagers en attente de leur propre train. Le bilan est effroyable : six personnes perdent la vie sur le coup, une septième ne survivra pas à ses blessures et décèdera un peu plus tard à l’hôpital. Au total, 435 victimes seront recensées, dans ce qui constitue l’un des pires accidents ferroviaires de l’histoire de France. En cause : le retournement d’une « éclisse » en métal, pièce servant de joint entre plusieurs rails.

La catastrophe s’est déroulée le 12 juillet 2013.

Un tribunal judiciaire remodelé pour un procès « hors-norme »

Il était 13h15, ce lundi 25 avril, lorsque les portes de la salle d’audience ont enfin ouvert leurs portes aux survivants et aux proches des victimes. L’aboutissement d’une attente douloureuse pour les principaux concernés. Mais aussi le début d’un marathon de huit semaines pour le tribunal judiciaire d’Evry-Courcouronnes. Une enceinte qui a même du être repensée en profondeur pour que ce procès « hors-norme« , selon les termes de la présidente du tribunal, Cécile Louis-Loyant, puisse se tenir dans les meilleures conditions.

C’est en effet dans l’habituelle salle dédiée aux procès d’assises que se déroulent les débats. Une salle d’audience couplée à une autre, quelques mètres plus loin, qui bénéficie d’une retransmission en direct des débats. Un aménagement indispensable pour pouvoir accueillir – entre autres – les quelques 184 personnes s’étant constituées parties civiles et la cinquantaine d’avocats travaillant sur le dossier.

« Mesdames et messieurs, l’audience est ouverte »

De nombreux journalistes étaient présents pour l’ouverture du procès.

Dans l’immense salle des pas perdus, antichambre des deux salles d’audience et elle-même réaménagée pour l’occasion (voir notre édition du 21/04, ndlr), les nombreuses grappes de journalistes présents témoignent de la résonance nationale de l’événement. Devant les caméras et les micros tendus, les victimes qui acceptent les sollicitations médiatiques (identifiées grâce à un tour de cou vert, à l’image du procédé utilisé pour le procès des attentats du Bataclan) indiquent souvent un mélange d’émotions. A la fois « soulagés » d’avoir enfin le droit à ce procès, mais aussi « inquiets » à l’idée de devoir replonger dans ces souvenirs douloureux.

« Mesdames et messieurs, l’audience est ouverte. Vous pouvez vous asseoir« . Avec quelques minutes de retard sur l’horaire prévu – la faute à des soucis techniques -, l’audience démarre. Cette première journée sera consacrée en grande partie à l’appel des différents intervenants du procès. Les prévenus ouvrent le bal. Pour les chefs de blessures involontaires et d’homicides involontaires, trois personnes sont ainsi renvoyées devant le tribunal correctionnel. Une personne physique, à savoir le cadre de la SNCF chargé de la maintenance des voies à l’époque des faits. Le dernier à avoir effectué un contrôle des voies avant la catastrophe.

Des centaines de victimes, trois prévenus

Lunettes sur le nez et chemise bleue sur le dos, Laurent W., l’homme de 34 ans, s’avance à la barre sous l’œil attentif des parties civiles. Il explique être désormais chef de projet dans la région de Lyon pour une entreprise de caténaires, avant d’aller se rasseoir sur le banc alloué. Ses co-prévenus sont des personnes morales, la SNCF d’une part, la société SNCF Réseau d’autre part. Pour les faits d’homicides involontaires, Laurent W. risque trois ans de prison et 45 000 euros d’amende. Pour les deux personnes morales, l’amende encourue est cinq fois supérieure. Soit 225 000 euros.

S’ensuit la longue liste des victimes. En premier lieu, les proches et les familles des sept victimes décédées se succèdent à la barre. Eux-mêmes suivis par l’appel des autres victimes directes. Elles sont des centaines. Certaines se sont déplacées pour signifier leur envie de témoigner – ou non -, d’autres n’ont pas pu être présents pour cette ouverture de procès, laissant place à leurs avocats.

Le début de huit semaines de procès

Après avoir appelé à la barre les quatre experts et 25 témoins (qui se sont par ailleurs vu rappeler la loi concernant les faux-témoignages, à savoir le risque de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende) et après une brève interruption de l’audience, la présidente du tribunal a conclu cette première journée par son rapport. Mettant des premiers mots sur la douleur des victimes. Et sur la « scène apocalyptique« .

La salle des pas perdus a été aménagée pour le temps du procès.

« En une seconde, la vie de centaines de personnes quitte l’insouciance, l’amour, l’avenir, pour basculer dans l’incompréhension et l’horreur, déclare la présidente. 17h11 […], c’est l’heure qui apparaît sous le cadran brisé de la montre d’une victime. Le temps jusque-là suspendu du bonheur et du voyage se brise, explose. Ce ne sera plus jamais comme avant 17h10, ce vendredi 12 juillet 2013« .

Au total, 435 victimes sont mentionnées dans les préventions. Sept sont décédées, 21 ont subi une incapacité totale de travail (ITT) de plus de trois mois, 101 une ITT de moins de trois mois et 306 sans ITT. « Le temps peut cicatriser les plaies, conclut la présidente. Ces audiences peuvent réactiver ces blessures. Le temps permet aussi une réécriture involontaire ou volontaire des événements pour tous, prévenus comme victimes. Le tribunal le sait et en tiendra compte« .

 

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