Athlétisme : Pablo Matéo revient de loin

Après une saison blanche, Pablo Matéo a fait un retour tonitruant cet hiver. Champion de France sur 60 m, le sprinter du Lisses AC a décroché sa sélection pour les mondiaux en salle de Torun (Pologne) où il vise le podium.

Le 28 février dernier, à Aubière (Puy-de-Dôme), Pablo Matéo remportait le titre sur 60 m pour ses premiers championnats de France Elite en salle. Tout sourire à l’issue de la course, chronométrée en 6’’54, le sprinteur du Lissec AC partageait sa joie avec le hurdler Just Kwaou-Mathey (3e) venu faire une pige sur le plat avant son entrée en lice sur les haies le lendemain. Un large sourire qui faisait plaisir à voir. L’Essonnien a en effet traversé une grande période de doute à la suite d’une blessure à l’ischio-jambier gauche. « J’ai eu beau faire de la rééducation notamment avec un caisson hyperbare (qui favorise l’oxygénation des tissus), cela ne voulait pas se remettre. Je jonglais entre les séances chez le kiné et les rendez-vous chez le médecin pour essayer de revenir, raconte Pablo Matéo, qui met fin à sa saison en juillet. C’est dur de prendre la décision d’arrêter mais je n’étais pas apte à courir. » Après une année 2024 étincelante marquée par un titre national sur la ligne droite ainsi que des records personnels sur 100 m (10’’08) et 200 m (20’’03) et une sélection pour les Jeux olympiques de Paris, le natif de Courcouronnes vit « la pire saison de [sa] carrière » avec seulement trois courses disputées.

Une courte mais belle expérience aux Etats-Unis pour Pablo Matéo

Loin de sa famille alors qu’il ressent « le besoin d’un soutien émotionnel », il décide de quitter les Etats-Unis où il aura vécu une belle expérience. « La vie est incroyable. Les mentalités sont différentes. On n’a pas peur de rêver. On ne se fixe pas de barrières. En France, il ne faut pas griller les étapes. Les Américains ont beaucoup de confiance en eux. J’invite tous les jeunes athlètes français à traverser l’Atlantique. » Il quitte donc le groupe d’entraînement de l’ancien sauteur en hauteur Mickaël Hanany, basé à El Paso (Texas), qu’il avait rejoint fin 2023. « C’est ma mère qui m’a poussé à revenir en France. Il y a un ensemble de choses qui m’ont aussi décidé à faire ce choix. Mon entraîneur était beaucoup moins présent, et ma famille me manquait », confie Pablo Matéo, qui a eu la douleur de perdre deux êtres chers en 2024, en l’espace de quelques semaines. D’abord son grand frère puis sa grand-mère.


Alors qu’il son songe à mettre l’athlétisme entre parenthèses – « un sport ingrat » –, il reprend fin octobre 2025 avec le groupe de Giscard Samba, basé à Créteil (Val-de-Marne), où il retrouve son grand pote, Just Kwaou-Mathey, connu au CREPS de Poitiers (Vienne). « On est vraiment lié en dehors de l’athlé. On s’entraide beaucoup. On a eu ce feelling dès le début. On est H24 ensemble », sourit le sprinter de 25 ans, qui reprend goût à son sport, après avoir perdu tous ses sponsors, notamment son équipementier Puma dont le contrat s’est arrêté au 31 décembre. « A part le contrat d’image avec le relais, je n’ai plus de sources de revenus réguliers », confie, sans détour, Pablo Matéo.
De retour à la compétition le 24 janvier dernier au meeting de Lyon, après neuf mois d’arrêt, il claque un 6’’66 en finale. Nouveau record personnel. Il le battra à deux reprises aux championnats de France Elite en salle, devenant même le quatrième Français le plus rapide de l’histoire sur 60 m avec 6’’54. A un centième du chrono requis par la Fédération française d’athlétisme pour prétendre disputer les championnats du monde de Torun. « Malgré tout, j’étais confiant car les minima étaient très hauts. L’an dernier, ils étaient à 6’’57. Avec deux courses en moins de 6’’60, la Fédé a estimé que je faisais partie des potentiels médaillables », souligne Pablo Matéo, qui sera l’un des 24 athlètes français présents ce week-end en Pologne. L’Essonnien annonce d’ailleurs la couleur : « Si j’y vais, c’est pour ramener une médaille. Je vais essayer de courir le plus vite possible et descendre sous les 6’’50. » Réponse vendredi où il devra enchaîner séries (10h20), demi-finales (20h16) et finale (21h22).

Aymeric Fourel

Aymeric Fourel
Aymeric Fourel
Rédacteur en chef adjoint des Sports au Républicain de l'Essonne.
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