Derrière une association d’aide à domicile de l’Essonne, un système de factures suspect

Mardi 7 avril, une femme à la tête d’une association d’aide à la personne basée à Gif-sur-Yvette ainsi que son mari comparaissaient devant le tribunal d’Evry-Courcouronnes, accusés respectivement de prise d’intérêt illégale et de recel de prise illégale d’intérêt.

Visiblement nerveux, le couple s’est présenté le mardi 7 avril devant le tribunal judiciaire d’Evry-Courcouronnes. La femme, présidente d’une association d’aide à la personne à Gif-sur-Yvette, est accusée de prise illégale d’intérêt à hauteur de 148 000 euros selon la police. Son mari lui, aurait aidé au recel de ces intérêts.
Entre 2013 et 2023, le couple aurait en effet profité de l’argent versé par la fédération ADMR pour s’enrichir personnellement, via des facturations illégales par le biais de deux entreprises, dont ils sont actionnaires majoritaires.
Fin juin 2023, le procureur de la République avait ainsi été alerté par le commissaire au compte de la Fédération, qui avait reçu une lettre de dénonciation quelques semaines plus tôt. Cette alerte a entraîné le dépôt d’une plainte en décembre 2023 par le réseau associatif.
Et pour cause, il avait découvert que l’association locale, présidée par la prévenue, était facturée par deux entreprises basées en Tunisie. Entreprises dont les actionnaires majoritaires sont justement…les deux prévenus du jour.
En l’occurrence, les deux entreprises, pourtant considérées comme ayant un rôle de consultantes, servaient de standards téléphoniques qui recevaient les appels destinés à l’ADMR de Gif-sur-Yvette.

Un standard téléphonique en Tunisie

Dès l’ouverture de l’audience, la présidente de l’ADMR locale s’avance à la barre pour se défendre. Créée en 2012, l’association devient rapidement importante dans le département de l’Essonne. Lorsque celle-ci se « développe », selon les dires de la prévenue, trouver une solution afin de réduire la charge de travail est primordiale pour le couple. « Il fallait changer quelque chose, la responsable du pôle téléphonie était submergée » déclare-t-elle avec une voix faible. Elle a poursuivi en assurant que « la seule chose que les personnes âgées demandaient, c’était de l’écoute ».

« Ces époux ont pris l’argent que l’État entendait donner et l’ont mis dans leurs poches »


Suite à ces déclarations, la présidente du tribunal s’est interrogée sur le fait qu’un contrat avec Orange était déjà proposé par la fédération nationale et les raisons de faire appel à d’autres sociétés, d’autant qu’ils y sont actionnaires majoritaires. A cette dernière question, la prévenue s’est défendue en évoquant le gain de temps et le manque de moyens de l’association pour agir autrement.
Un coût moins élevé, car une seule personne était présente en Tunisie afin de répondre au téléphone. Ces deux sociétés étaient donc destinées à soutenir l’association au standard téléphonique selon les besoins. « Il y avait une personne qui travaillait à plein temps, voire davantage et même sept jours sur sept parfois » a déclaré la détenue avant de se contredire, évoquant le soutien de cette personne seulement dans les périodes intenses, dites de « rush ».

Des échanges tendus

La procureure a appuyé son propos en déplorant le fait de « prendre l’argent de l’État pour une personne chargée d’une mission publique », sur un ton virulent. « Ces époux ont pris l’argent que l’État entendait donner et l’ont mis dans leurs poches », a-t-elle poursuivi. Des accusations dont l’avocat de la défense s’est indignées en déclarant avec véhémence qu’il n’avait « entendu que des préjugés » et en remettant en cause la qualité de l’enquête. Dans son réquisitoire, la procureure a requis la confiscation de la maison du couple à hauteur de 148 000 euros et 30 000 euros d’amende. Elle requiert aussi trois ans de prison, dont deux avec sursis probatoire et une inéligibilité de trois ans pour l’épouse. Pour son mari, deux ans de prison, dont un an avec sursis simple, 20 000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité. Le délibéré sera rendu le 5 mai au tribunal judiciaire d’Evry-Courcouronnes.

Ecrit par Paul Rouif

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